Lecteurs a tout prix

J'ai dix neuf ans et j'aimerai l'avis de lecteurs sur ce que j'ecris. Bien entendu, les originaux sont protege, chez un notaire. Un editeur s est propose de m'aider et de me publier . Je ne vous direz pas lequel mais j'ai besoin de votre avis pour savoir si ils vous plaisent ou non. Je ne vous ai mis que quelques chapitres mais n'hesitez pas a me contacter si vous voulez lire la suite sur orniantho@hotmail.fr
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# Posté le mercredi 24 décembre 2008 03:41

Bienvenu dans mon univers

Bienvenu dans mon univers, je vais vous presenter mes romans et en echange je souhaite que vous me donniez vos impressions, bonnes ou mauvaises.Je vais juste vous presenter quelques chapitres, histoire de vous mettre l'eau a la bouche et si vous voulez lire la suite, faite le moi savoir.
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# Posté le mercredi 24 décembre 2008 03:09

Le murmure des Etoiles

I
ARRIVEE





Fin octobre 1868


Le matin d'Octobre où débuta cette histoire était particulièrement glacial. La voiture s'arrêta devant les énormes barreaux de la bâtisse qui se dressaient ,tels les murs d'une prison. L'orphelinat était aussi sinistre d'apparence que de réputation. Il était dirigé par une petite communauté de bonnes soeurs aussi vénales que cruelles. Elles accueillaient les orphelins dès leur plus jeune âge mais cette générosité était trompeuse; en effet, en échange, elles les condamnaient aux plus vils et aux plus rudes des travaux.
Cinq petites têtes guettaient discrètement la voiture depuis la fenêtre. Ils avaient le visage blême et sale et les vêtements tout rapiécés; ils tremblaient dans le froid glacial. Ils attendaient une arrivée, mais sans grande joie. Cette arrivée représentait pour eux de nouveaux soucis. Elle était sans doute aussi vieille et aussi revêche que les autres. La nouvelle glissa un pied hors de la voiture, puis une main blanche gantée puis ils la virent entière: elle était blanche que la neige, avait des joues bien rondes et les yeux rieurs. Ils remarquèrent qu'elle était encore très jeune et avait une silhouette un peu ronde.
_C'est elle, soeur ? demanda le plus petit, Lucas d'une toute petite voix.
_Ouais, encore une vieille sorcière, lança Quentin le moyen.
_Elle a l'air jeune, observa Mathis,un garçon qui louchait.
_Et plutôt belle, ajouta un garçon à l'air timide.
Alexandre, le plus âgée la regardait avec méfiance.
_Ne vous fiez pas à l'apparence, elle doit être pire que les autres: bête et méchante, lança Alexandre le plus grand. Vite cachez vous, elles arrivent!
Soeur Marie Andrée eut le temps de voir leur petites têtes disparaître rapidement derrière les rideaux de la fenêtre. Soeur aimait les enfants, à défaut de ne pas en avoir et elle était curieuse et impatiente de découvrir les pensionnaires.
Soeur Gita, une créature au teint pâle et à l'air déplaisant la mena jusque devant la porte du bureau de la directrice. Lorsque Soeur frappa, une voix dure lui répondit:
_Entrez!
Soeur Marie Andrée poussa timidement la porte et entra. Elle n'osa pas s'asseoir. Soeur Marie Annick lui tournait le dos.
_Bonjour soeur Marie, commença Marie Andrée. Je suis...
_Je sais qui vous êtes ! l'interrompit la voix froide de la directrice.
Elle se retourna. C'était une vieille femme aux lèvres pincées, au ton sec et au regard perçant qui impressionna immédiatement soeur Marie Andrée.
Soeur Marie Andrée ne juge pas utile de répondre, aussi se contenta-t-elle de garder le silence. Elle avait espéré un geste, un mot de bienvenu; elle était de nature si joyeuse qu'il lui semblait qu'un petit sourire ne coûterait rien. La froideur de soeur Marie Annick la laissait interdite. Celle-ci Mais continuait à l'examiner en fronçant les sourcils.
_Je suis soeur Marie Annick, et je dirige cette orphelinat depuis près de cinquante ans. Vous êtes encore bien jeune et vous avez tant de choses à apprendre. Sachez que nous ne sommes pas dans un lieu de distraction. Comme vous le savez sans doute, nous avons de jeunes pensionnaires
Soeur esquissa un petit sourire. Elle aimait les enfants, à défaut de n'en avoir aucun. Le ciel ne lui avait pas donné l'opportunité de tenir sa propre cher dans ses bras.
_Vous aurez affaire à de jeunes turbulents, des garçons qui ont été abandonné par leurs parents qui n'ont aucune chance d'avenir. Nous ne pouvons rien pour eux, dit soeur Marie Annick d'un ton sèche.
_Où sont-ils ? demanda soeur Marie Andrée.
_Ils devraient être au travail mais le mauvais temps les retient, dit soeur Marie Annick avec regret, puis elle ajouta: Ne soyez pas pressée de faire leur connaissance, soeur, ce ne sont pas des enfants très attachants. Vous n'obtiendrez rien de bon avec eux. Ne perdez pas votre temps!
_Quel âge ont-ils?
_Ils ont entre dix sept et dix ans!
_Dix ans? Ne sont-ils pas trop jeunes pour travailler?
Le visage sévère de soeur Marie Annick se crispa et soeur Marie Andrée regretta sa franchise.
_Je vous le répète: ce sont des enfant sans famille, sans aucun espoir d'aller un jour loin. Que voulez vous que l'on fasse d'eux? C'est la seule chose qu'ils sachent vraiment faire. Ce sont des vauriens et ils resteront des vauriens !
Soeur Marie Andrée ne connaissait pas encore les orphelins mais le mépris et l'indifférence avec lesquels elle parlait d'eux la surprit. Elle n'était pas de cet avis. Elle était convaincue qu'il existait en chaque enfant un talent qui ne cherchait qu'à s'éveiller.
_Soeur Gita vous conduira votre chambre, dit soeur Marie Annick d'un ton sec. Si les orphelins vous importunent, n'hésitez pas à les fouetter, c'est le seul moyen de les corriger et de se faire respecter.
Les fouetter? Décidément les méthodes de l'orphelinat déplaisaient à soeur. Mais elle s'abstint de tout commentaire et sortie, sous le regard perçant de la directrice. On la conduisit jusqu'à sa chambre. C'était une pièce très modeste avec un lit simple, un petit tiroir et une cuvette pour sa toilette. Sans mot dire, soeur Gisèle la quitta. Malgré le peu d'affaire dont elle disposait, soeur Marie Andrée se sentait heureuse d'être là.
Cette nuit là, les orphelins veillèrent plus tard qu'à l'accoutumé, malgré le travail colossal qui les attendait le lendemain. Les langues filaient bon train. Des rangées de matelas abîmés recouvraient le sol. Comme il n'y avait rien pour se réchauffer, les garçons se blottissaient dans leurs draps rongés aux mites. L'air glacial s'engouffrait à travers les trous de la fenêtre et les faisait frissonner.
_Il faut que nous la chassions, dit Alexandre, le plus grand. Elle est de mèche avec les autres soeurs, c'est certain. Nous n'avons pas besoin d'elle ici, nous avons déjà assez à faire avec les autres.
_Moi je ne la trouve pas si méchante, dit la petite voix du petit Lucas.
_Toi tu te tais, tu es trop jeune pour comprendre, gronda Alexandre.
_Non, je ne suis pas si jeune, protesta le petit Lucas.
_J'ai dit ferme la minus ou tu auras une fessée si forte que tu ne pourras plus t'asseoir pendant une semaine, menaça Alexandre.
Vexé, le petit Lucas s'enfouit sous ses draps sans plus rien dire.
_Je disais donc que nous devions la chasser, poursuivit Alexandre. Nous allons lui rendre la vie si dure qu'elle finira par partir.
_Et si elle nous fouette? demanda la voix craintive de Paul.
Personne ne semblait vouloir suivre son idée. Une peur atroce se lisait sur chaque visage. Ils avaient conservé assez de souvenirs cuisants pour savoir que les soeurs ne plaisantaient pas en matière de correction.
_Si vous vous dégonflez alors je le ferais tout seul, rétorqua Alexandre. Vite, rejoignez votre lit, quelqu'un arrive!
En effet, des pas s'approchaient. Ils soufflèrent sur leur bougie et s'engouffrèrent rapidement dans leurs draps. Il régnait un long silence mais en réalité, ils guettaient attentivement la porte. C'est soeur Marie Andrée. Elle avait entendu des chuchotements et venait voir dans l'espoir de pouvoir leur parler. Elle balaya les rangés de matelas par terre, tout était silencieux et calmes. En réalité les orphelins donnaient l'impression d'être profondément endormis mais sous leurs draps ils épiaient se moindres mouvements. Une fenêtre claqua. En faisant le moins de bruit possible, la soeur alla la refermer et sortit doucement non sans lancer un nouveau regard sur eux.

La première semaine fut particulièrement difficile pour soeur Marie Andrée. Etant donné que les orphelins étaient toujours absents, il lui presque était impossible d'établir le moindre contact avec eux. Les orphelins effectuaient des tâches très rudes malgré leur bas âge. Elle les voyait se lever très tôt. Ils avaient à peine le temps de manger un morceau de pain que les voilà déjà repartis pour les mines. Ensuite, elle ne les revoyait qu'à la tombée de la nuit, le corps noir de cendre et affaiblit, la mine défaite. A douze ans, ils avaient des visages de vieillards: le dos courbé, le visage fatigué.
Si soeur Marie Andrée était curieuse de connaître mieux chacun d'entre eux, il n'en était pas moins pour les garçons. En effet, elle se sentait constamment observée dans les couloirs. Parfois elle les surprenait en train de l'observer mais ils disparaissaient aussitôt qu'elle essayait de les approcher. Malgré ses efforts, elle ne réussit aucunement à leur parler. Ils lui jouaient parfois de vilains petits tours. Soeur Marie Andrée gardait cela pour elle même car elle savait que le châtiment serait sévère. Un jour, elle surpris soeur Marie Annick donner le fouet de sang froid à l'un des pensionnaires . Les orphelins assistaient à la scène, les yeux horrifiés sans oser répliquer. La terreur les submergeait lorsqu'ils entendaient les pas de soeur approcher. Soeur Marie Andrée dut intervenir pour faire cesser les cris. Elle ne pouvait s'empêcher d'éprouver de la compassion à leur égard. Elle ne pouvait comprendre comment on pouvait s'en prendre injustement à des êtres aussi innocents et fragiles.
Soeur Marie Andrée n'entretenait aucune relation amicale avec les autres soeurs de la paroisse: tout d'abord, parce que malgré ses efforts pour essayer de se faire accepter, celles-ci se montraient froides et distantes, et aussi parce qu'elles partageaient des idées que soeur trouvait révoltantes.
Au bout du cinquième soir, elle entendit des bruits de voix en provenance du réfectoire. Pierre et Alexandre était en train de se battre. Soeur Marie Andrée les sépara en s'interposant entre eux. Le petit Lucas pleurait à chaudes larmes.
_Pouvez-vous m'expliquer ce qui se passe ici ?dit-elle doucement.
Ma soeur regarda les garçons qui étaient devenus silencieux. Ils tremblaient de tous leurs membres.
_S'il vous plait, ne nous faîtes pas de mal, dit Mathis en la regardant d'un air terrifié.
Ces paroles troubla quelque peu soeur Marie Andrée car à aucun moment, elle n'avait pensé les battre.
_Je n'ai nullement l'intention de le faire, assura-t-elle. Je voudrais seulement connaître la cause de ce chahut.
_Alexandre m'a volé ma part de viande, pleurnicha le petit Lucas. Alors Pierre s'est battu avec lui pour la récupérer.
Soeur Marie Andrée se tourna vers le plus grand qui sembla soudain inquiet.
_Pourquoi lui avez vous pris sa nourriture? dit-elle d'une voix qui n'admettait aucune réplique.
Alexandre, le plus grand de tous la défia du regard :
_Parce que c'est le plus petit donc le plus facile à voler, répondit-il.
Il guetta sa réaction et comme elle ne semblait pas vouloir le fouetter, il ricana.
_Il vole parce qu'on n'a pas assez à manger, dit Nicolas. Les premiers à arriver vole le repas des autres.
Cette réponse bouleversa soeur Marie Andrée. Elle regarda leur assiette et constata qu'en effet les rations étaient minces. Il y avait là de quoi nourrir un chat, pas un humain.
_Ils font toujours ça, se plaignit le petit Lucas. Ils n'arrêtent pas de voler dans mon plat.
Soeur Marie Andrée se tourna vers Alexandre.
_Vous devriez vous entre aider au lieu de vous faire des misères. Vous êtes le plus grand, votre tâche est de donner le bon exemple aux plus petits.
Alexandre se regarda un moment et elle crut voir une ombre de regret traverser ses yeux. Mais le garçon la dévisagea avec une moue méprisante:
_Pourquoi es-ce qu'on devrait écouter les conseils d'un inconnue? On ne vous connaît pas, on est pas obligé de vous obéir, dit-il en mangeant la viande sous son nez.
Soeur Marie Andrée garda le silence. Elle savait que les adolescents étaient parfois entêtés et pour le moment elle ne voulait aucunement s'attirer leurs foudres.
_Viens, dit-elle en tendant la main au petit Lucas, on va essayer de te trouver quelque chose à manger dans la réserve!
A ce moment, soeur Marie Annick fit apparition sur le pas de la porte. Aussitôt, le silence s'installa et les orphelins la regardèrent avec des yeux remplis d'effroi.
_Il y a-t-il un problème? Vous avez un souci avec eux, ma soeur? Demanda-t-elle d'un ton bourru.
Soeur Marie Andrée remarqua le regard terrifié et implorant des garçons.
_Non, ce n'est rien. Ils...nous jouions.
Les garçons levèrent des yeux étonnés dans sa direction. Pourquoi avait-elle menti?
_Ce n'est pas le moment, gronda soeur Marie Annick. Je ne veux plus aucun bruit. Dépêchez vous de manger et montez directement vous coucher.
Elle entraîna soeur Marie Andrée vers la sortie .Les garçons se regardèrent sans comprendre et continuèrent à manger en silence, de peur que la directrice ne revienne pour les gronder. Personne n'avait jamais fait un tel geste pour eux.



















































LE PORTRAIT D'HELENE




Le temps faisait des merveilles et des miracles. Les pensionnaires avaient compris qu'elle s'était avait gardé le silence pour prendre leur défense. Tout bien considéré, ils commencèrent à penser qu'elle était finalement différente des autres. Ils ne s'enfuyaient plus à son approche mais demeuraient méfiants. Ils avaient connus tant de souffrances et de désillusion qu'ils avaient du mal à accorder leur confiance à qui que ce soit. Soeur Marie Andrée savait qu'elle devait faire preuve de patience. Ils devaient la voir comme une complice plutôt qu'une ennemie. Les soeurs autres soeurs de l'orphelinats continuaient à les rabaisser mais elle les avait longuement observé chacun d'entre eux: apparemment la forte tête était Alexandre Durant, le plus grand qui l'avait défié dans le réfectoire. Il y aussi Mathis, un garçon myope qui confondait tout le monde; Quentin, un garçon roux, Paul, Nicolas... Pierre était le plus joyeux et était toujours prêt à faire le pitre et trouver les mots pour faire rire les autres. Clément était le plus timide et le plus réservé du groupe mais il était aussi très attachant. Il rougissait et prenait la fuite à chaque fois qu'elle cherchait à lui parler. Il était très silencieux mais dès qu'il avait un peu de temps, il dessinait sur tout ce qu'il trouvait. Lucas était le plus petit mais aussi le plus bavard. Il rentrait toujours plus sale que les autres. Soeur Marie Andrée les voyait partir courageusement au travail, très tôt dans le froid matinal, la mine défaite, le dos courbé, regard vide. Le soir, ils rentraient si fourbus qu'ils s'écroulaient dans leur assiette. Soeur Marie Andrée trouva enfin un moyen pour leur parler.
Le neuvième jour, Lucas était en proie à une violente crise de larmes. Craignant que soeur Marie Annick ne vienne le calmer de façon brutale, elle décida de le voir. Les garçons ne disaient rien. Elle lisait dans leur visage blême et triste, dans leurs yeux vides et perdus et sur leurs lèvres crispées qu'ils vivaient de terribles moments.
_Il y a des méchants garçons qui m´ont dit que j´étais Lucas sans parents. Ils se sont moqué de mes vêtements sales et mangeaient plein de sucreries sous mon nez!
_Ils se moquent de toi parce qu´ils ne comprennent pas. S´ils savaient que cela te faisait de la peine, ils ne t´embêteraient pas, fit doucement soeur Marie Andrée.
_Ils le font exprès, rétorqua Alexandre. Ce sont des enfants de riches et ils savent comment nous blesser. Le pire, c'est qu'ils ont raison: nous sommes ici depuis des années sans aucun espoir d´en sortir un jour. Nous sommes des orphelins de la rue, que peut-il nous arriver de bon?
_Ne soyez pas aussi défaitiste, dit soeur Marie Andrée. Il y a un dicton célèbre qui dit : "On est pas orphelin d'avoir perdu mère et père, mais d'avoir perdu l'espoir.” Croyez en vous. On ne parvient à rien sans rien. Vous n'êtes pas plus idiots qu´eux.
Alexandre haussa les épaules.
_De toute façon, nous n´avons pas le moyens! Dit tristement Mathis.
_Nous resterons de pauvres garçons sans parents! S´exclama Paul.
_Voyons, nous avons tous des parents, même s´ils ne sont pas présents, le raisonna soeur. Tout le monde a eu un jour une maman et un papa sinon nous ne serions pas en vie!
_Où sont les miens? demanda le petit Lucas.
C´était difficile de trouver les bons mots pour expliquer à un enfant qu´il avait été abandonné à sa naissance.
_ Parfois la vie est dure et certains parents préfèrent abandonner leur enfants dans l´espoir de leur donner un avenir meilleur...commença-t-elle.
_Soeur nous a dit que nos parents ne nous aimaient pas, c´est pour ça qu´ils nous ont laissé moisir ici, dit Mathis.
_Les miens, ils sont morts! Lança Quentin, le garçon aux cheveux roux en bataille d'un air triste.
_Es-ce qu´un jour on sera des enfants normaux? demanda Paul.
_Normaux? Mais vous êtes déjà normaux, répondit soeur Marie Andrée, surprise par sa question:Qu´es-ce que vous appelez normal?
_Etre riche, avoir de belle maison, aller à l'école, répondit Paul.
_Es-ce que pour vous riche signifie être normal? demanda ma soeur.
Les garçons se turent, ne trouvant pas de réponse.
_En tout cas, un jour je partirais d´ici, s´exclama le petit Lucas. Plus tard, je serais j'aurais beaucoup d'argent et je punirais tous ceux qui se sont moqué de moi!
Alexandre eut un reniflement méprisant:
_Ne rêve pas trop minus, il n´y a aucune chance pour que tu sortes de cet enfer.
_Il y a toujours de l´espoir, il suffit simplement d´y croire, dit soeur. Dans la vie, il ne faut jamais perdre espoir. Même dans les pires moments, il y a toujours un miracle. Connaissez-vous l´histoire du portrait d´Hélène?
Ils dirent non de la tête mais étaient intrigués par cette fameuse histoire du portrait d'Hélène.
_Asseyez-vous bien, je vais vous la raconter...
Les autres pensionnaires s´étaient réunis autour d´elle pour l´écouter, silencieux.

" C'est l'histoire d'un garçon qui était différent des autres garçons de son âge ; du moins, quelque chose le distinguait des autres enfants: sa maladie. En effet il était atteint d'une maladie incurable qui l'obligeait à rester toute la journée allongé dans une chambre sombre et vide. Mais il ne se plaignait jamais et s'enfermait dans sa souffrance en silence. Sa maladie l'avait toujours obligé à vivre éloigné des autres enfants de son âge car il ne voulait pas de leur pitié. S'il n'avait pas eu son malaise, on ne se serait jamais douté de sa maladie .Il restait là, assis, seul face à son destin dans une chambre trop grande. Il entendait souvent sa mère parler au médecin et toujours la même réponse: il n'y avait aucun espoir pour qu´il survive. Ils chuchotaient en pensant qu'il ne pouvait les entendre mais il entendait tout. S'il n'y avait pas d'amélioration d'ici une semaine, il mourrait, il en était sûr.
Avant, il peignait; c'était sa passion, il peignait des portraits aussi beaux les uns que le autres et qui laissaient les gens sans voix. C''était pour lui le seul moyen pour exprimer sa douleur, noyer sa maladie et de s'échapper de la dure réalité. Il n'avait plus la force de se battre. Cela faisait longtemps qu'il avait renoncé à lutter contre la maladie qui le rongeait un peu plus chaque jour. Il n'avait même plus la force de pleurer. Sa seule souffrance était de voir sa mère sangloter. Tous les soirs, elle restait à son chevet; il sentait sa main fragile et tremblante lui caresser tendrement le front. Il aurait tant aimé la rassurer, il aurait voulu jouer le rôle de son père qui n'avait jamais été là pour lui, il se sentait coupable de sa peine, coupable d'être malade.
Un jour, ce ne fut pas l´infirmière habituelle qui vint lui apporter son petit déjeuner mais une ravissante jeune fille. Les rayons de soleil caressaient son visage et dansaient dans sa longue chevelure. On eut dit une fée, tant elle était belle et gracieuse dans ses gestes. Elle lui parla, d'une voix douce et chaude mais il l'écoutait à peine tant il était occupé à la contempler .Une agréable chaleur envahit son corps tandis qu'il la l'observait, une sensation qu'il n'avait jamais éprouvé auparavant. Elle apparaissait comme un ange ou une fée. Il était si occupé à l'observer qu'il entendait à peine ce qu'elle lui disait. Tout ce qu'il savait c'était qu'elle s'appelait Hélène.
Elle lui sourit, et ce sourire lui réchauffa tout le c½ur. Alors, il n'eût qu'une seule envie: graver son visage à jamais dans sa mémoire, ou quelque part où il pourrait la contempler encore et encore jusqu'à l'infini. Soudain, comme cela ne lui était plus arrivé depuis très longtemps, il sentit des picotements incontrôlables se promener le long de ses doigts. Les fourmis de la création commençaient à palpiter dans son crâne, dans ses bras. Il y avait longtemps qu'il n'avait pas éprouvé cette agréable sensation, cette envie de serrer un pinceau entre ses doigts. Comme la jeune fille repartait, il lui demanda doucement:
_Es-ce que je peux faire votre portrait?
_Avec plaisir, répondit-elle.
Elle s'assit sur l'une des chaises. Il commença par observer chaque détail de son visage. Il remarqua qu'elle était très belle. Il savait que c'était son dernier portrait, alors il voulait que ce soit le meilleur. Chaque jour, il lui demandait si elle pouvait revenir et elle acceptait toujours avec joie. Il ne pouvait expliquer ce qu'il ressentait à chaque fois qu'il la voyait et que ses mains entraient en contact avec le pinceau : une sorte de liberté et de bonheur indescriptibles. Il avait le crâne vide de toute préoccupation, de tout problème. C'était le portrait le plus difficile qu'il avait eu à faire car il fallait capter chaque émotion et l'immortaliser sur peinture. Il était si absorbé dans son travail qu'au fur et à mesure qu'il se terminait, il ne prêtait plus attention à sa maladie. Il se sentait bien, tout simplement. Il se sentait vidé de ses souffrances, comme si le poids énorme de la maladie désertait son corps. C'était comme si le simple fait de peindre cette jeune fille absorbait son mal être entier, c'était comme si chaque détail qu'il dessinait éloignait sa maladie de son corps pour le transférer sur la toile. Il avait l'étrange sensation de renaître et l'espoir qui avait quitté son corps le réintégrait peu à peu. Aussi, peu de temps avant la fin de son portrait, les médecins, qui étaient venus l'ausculter en redoutant le pire, constatèrent avec la plus grande surprise qu'il avait une très nette amélioration au niveau de sa maladie. Lorsque son portrait se termina, sa maladie avait complètement disparue, comme par miracle. C'était la fin du portait mais aussi c'était la fin de sa complicité avec Hélène; car il ne la revit plus jamais. Parfois, il se demandait si ce n'était pas un ange ou simplement le fruit de son imagination. Cependant, depuis qu'il avait récupérée son ancienne chambre, il gardait très précieusement le portait à son chevet. A chaque fois qu'il l'observait et qu'il voyait le sourire d'Hélène, il ressentait une joie immense mêlée à de la tristesse. C'était un portrait unique; c'était même plus qu'un portrait car il lui avait sauvé la vie. Il avait mit tant de passion et d'ardeur dans la confection du tableau que cela lui avait sauvé la vie. Tous ceux qui la contemplait pouvaient ressentir les sentiments que son auteurs avaient éprouvé lors de sa confection .Une aura exceptionnel s'en dégageait et nous enveloppait comme un cocon de bien être..."

A la fin de son récit, es garçons se gardèrent le silence. En bons auditeurs, ils avaient écouté l´histoire sans l´interrompre. Ils avaient dévoré ses mots, les yeux étincelants, comme envoûtés .Seul Alexandre eut un reniflement méprisant mais soeur savait qu´il l´avait écouté attentivement sous son draps.
_Es-ce que tu te sens mieux? demanda soeur Marie Andrée à Lucas qui acquiesça aussitôt.
L´histoire avait particulièrement plut à Clément car il vouait une passion dévorante pour le dessin
_Pourquoi es-ce que vous nous baratinez avec vos histoires d´espoir? Jeta Alexandre. Tout le monde sait que nous sommes des gosses de pauvres et nous resterons des gosses de pauvres. Vous nous donnez de fausses illusions
_C´est ce que tu penses, dit soeur Marie Andrée d´une voix douce. Tout dépend de comment tu ressens cette pauvreté. Il est temps de dormir, tout le monde au lit! S´exclama soeur. Bonne nuit!
_Bonne nuit ma soeur, dirent en ch½ur trente voix.
Ils se dépêchèrent de ramener leurs draps à eux. Soeur éteignit les bougies et sortie.
_Je ne me doutais pas que soeur Marie Andrée était une conteuse hors pair, remarqua Nicolas lorsqu'elle fut sortie.
Les autres garçons approuvèrent vivement. Soeur Marie Andrée resta un long moment à veiller dans sa chambre, pensive. Tout n'était peut être pas perdu. L'un d´eux avait au moins de l'ambition, même si c'était de devenir riche et de punir les méchants. Et le plus extraordinaire, c´était qu´ils aimaient les histoires. Et si c´était la solution pour les approcher?


























LA FILLE QUI HABITAIT MON IMAGINATION





Tandis qu´ils s´en cheminaient vers les mines , les orphelins croisèrent des enfants qui, eux allaient sur le chemin de l´école. A en juger leurs vêtements, ils appartenaient à des familles aisées. Et comme si cela n´était pas assez pénible pour eux, une bande de garçons à l'air méprisant leur bloquèrent le passage.
_Laissez nous passer, dit le petit Lucas.
_Il montre ses crocs le petit avorton , fit le garçon blond avec tout le mépris du monde.
_Attend qu´il te casse la figure le petit avorton, rétorqua le petit Lucas, même si le garçon semblait être un géant devant lui.
_Oh j´ai peur, ricana le garçon. Tu sais, minus, chez moi j´ai des tas de chaussures a cirer et les toilettes à nettoyer. Tu gagneras plus en le faisant. Tu peux emmener le nain avec toi aussi, dit-il en désignant Pierre du menton.
_ Et alors, c'est dans les plus petits pots qu'on fait les meilleures confitures, répliqua Pierre en imitant sa voix snobinarde.
_Vous devriez surveiller vos paroles et vous incliner devant vos supérieurs, ricana le garçon.
Lui ses copains hurlèrent de rire. Humiliés, fous de rage, les orphelins s'apprêtaient à reprendre leur route mais les garçons revenaient à la charge.
_Hé, vous n'avez pas entendu? Dit le garçon blond. Inclinez vous devant vos maîtres!
Ils durent retenir le petit Lucas pour l´empêcher de se ruer vers de garçon.
_Tu penses nous faire une blessure? Dit ce dernier. Tout ce que tu réussiras à faire c´est de te rendre encore plus minable.
_Lui seul non mais si on se joint à lui on y arrivera, dit Mathis.
_Comme c´est touchant: la taupe qui prend la défense du minus, dit le garçon blond d´un ton ironique .De toute façon, vous n´oserez pas parce que vous savez que mon père est très riche et que si vous me touchez, vous aurez de gros ennuis.
Il le poussa et Mathis tomba au sol, perdant ses lunettes. Les garçons se tordirent de à rire tandis qu'il tâtonnait le sol à la recherche de ses lunettes.
Il jeta une pièces d'un franc devant le petit Lucas.
_Vas y minus, lèche mes bottes et je te donnerais un autre sou. Vas y, qu'es-ce que tu attends?
Aucun des garçons ne fit un geste, mais un pauvre enfant qui passaient par là et avait entendu ses paroles se baissa aussitôt pour lui lécher les bottes. Les garçons blonds riaient de mépris en continuant à lui lancer quelques sous comme s'il s'agissait d'un animal à qui on lançait des os. Ce comportement aurait pu choquer les garçons mais ils savaient que les riches profitaient souvent de la pauvreté des autres et que les pauvres étaient prêts à tout pour une misérable pièce.
Alexandre arriva à ce moment. Les garçons aisés gardèrent un silence inquiet. Ils n'osaient jamais s'en prendre à eux en présence d´Alexandre car ils savait que ce dernier n´avait pas l'air de plaisanter.
_ Pourquoi es-ce que vous vous êtes arrêté, il y a un problème? demanda-il.
Aussitôt, les garçons prirent la fuite.
_C´est a cause d´eux, ils se sont moqué de nous et ont poussé !dit le petit Lucas tandis que le myope rechaussait ses chaussures.
_Je me fiche de savoir s´ils vous provoquaient ou non, ce sont des gosses de riches, ils ont tous les droits, dit Alexandre d´un ton bourru. Avancez plus vite, nous n´avons pas tout notre temps.
Ils poursuivirent leur chemin en silence, tête baissée. Leur coeur criait de rage et d'injustice.
Sur le chemin du retour, ils virent une femme se faire agresser par un jeune voyou qui essayait de lui dérober son sac a main. Les garçons ralentirent leur marche.
_Poursuivez votre chemin, il n´y a rien a voir! dit Alexandre en les poussant en avant.
_Nous ne pouvons pas laisser cette pauvre femme ainsi, il va la tuer, dit doucement Clément. Nous devons l´aider.
_Depuis quand es-ce que vous jouez les justiciers?gronda Alexandre.
Ils baissèrent la tête et s´apprêtaient a poursuivre leur chemin quand Quentin s'arrêta:
_Reste où tu es, s´écria Alexandre.
Mais le garçon s´était déjà élancé en avant, attrapa un bâton et les lançait au voyou qui prit la fuite. Tétanisé, les autres restaient sur place. Seul Clément lui prêta main forte.
_Merci les garçons, dit la femme en se relevant avec peine.
Elle avait un visage doux et l´air gentille.
_Es-ce que je peux vous aider à porter vos sacs? demanda Clément.
_Oui, je n´habite pas très loin, dit-elle avec un sourire.
Sous le regard stupéfait des garçons, ils s´empara des sacs, il s'empara des gros sacs et les mena jusqu'à la porte. La femme était riche car elle possédait une grande maison. La femme lui tendit un billet mais il refusa gentiment.
_Merci de ton service, dit la femme. D'où sors-tu aussi sale et aussi fatigué?
_Oh euh, je viens de jouer avec des amis; mentit-il.
Alors qu'il se baissait pour poser les sacs, un morceau de papier glissa de sa poche .La jeune femme le ramassa et l'observa. Il vit son visage s'illuminer.
_C'est à toi ? demanda-t-elle.
_Oui, répondit doucement Clément.
_C'est toi qui dessine ainsi?
_Oui, répondit-il en rougissant.
_Quel âge as-tu mon garçon?
_Onze ans, répondit Clément, de plus en plus mal à l'aise.
_Tu as du talent, tu sais? C'est très beau, dit-elle en lui remettant le dessin.
Clément se mi à rougir. Jamais personne ne lui avait dit qu'il avait du talent.
_Je connais une exposition en Angleterre qui a lieu tous les ans. Elle permet à de jeunes artistes comme toi d'exposer leurs oeuvres et le gagnant gagne une bourse pour entrer dans la célèbre école d'art moderne.
Clément rêvait d'intégrer une telle école mais ce rêve lui paraissait tellement inaccessible.
_Je suis sûre que tu aurais ta chance. Parle en à tes parents.
Il n'avait pas le courage de lui dire qu'en réalité, il n'avait pas de parents et encore moins qu'il n'avait pas les moyens de se rendre en Angleterre.
_Merci mais je...je ne pourrais pas, dit-il. Je dois y aller, ajouta-t-il brusquement, en la fuyant du regard pour qu'elle ne remarque pas la lueur de tristesse qui luisait dans ses yeux.
Au fur et à mesure qu'il s'éloignait, il sentit le regard de la femme derrière son épaule. Les autres étaient déjà très loin devant. Clément continua son trajet seul, l'air rêveur, le coeur en liesse.
Le samedi suivant, soeur décida d'accompagner les orphelins jusque dans les mines et réalisa avec horreur le danger permanent qui guettait les garçons. Il y régnait une atmosphère infernale.
_C'est horrible, confia Pierre. Nous sommes obligé de travailler toute la journée et il fait une chaleur abominable à l'intérieur. C'est plein de nuages de poussière noire.
Il montra les chariot:
_Ils sont beaucoup trop lourds pour nous. Cela nous donne très mal au dos!
Soeur Marie Andrée réalisa alors qu'ils avaient le dos courbés.
_Même qu'il fait très sombre et que j'ai très peur, gémit le petit Lucas. Pierre n'arrête pas de nous raconter des histoires qui font peur.
_Ce ne sont que des histoires, plaida Pierre. Et il faut bien égayer l'atmosphère de temps en temps.
Un jour, que tout le monde était au travail et que Nicolas était resté à l'orphelinat, soeur Marie Annick vint le voir:
_Va au marché et rapporte moi ce que je t'ai mis sur la liste! ordonna-t-elle.
Nicolas, revint quelques heures plus tard, les mains chargées d'un gros sacs. La directrice le regarda d'un air mécontent.
_Pourquoi n'as-tu pas ramené ce qu'on t'a demandé? Dit durement soeur Marie Annick.
Nicolas était tellement effrayé qu'il tremblait de tous ses membres.
_Je...je...il y a écrit qu'il fallait acheter des patates et ...de la viande, bredouilla-t-il.
_Espèce de bon à rien, tu n'as pas lu ce que j'ai mis dans la liste, dit-elle en lui arrachant violemment la liste des courses. A aucun endroit il y a écrit viande et patates. Es-ce que tu sais le nombre d'argent que tu m'a fait perdre à cause de tes étourderies?
Nicolas la regardait, terrifié et tremblant. Soeur Marie Annick lui jeta le lourd sac de patates. Nicolas le reçut sur le visage et le choc lui fit perdre l'équilibre .Les pommes de terre s'éparpillèrent au sol avec un bruit sourd.
_Tu es content de toi, espèce de bon à rien? Gronda-t-elle. Eh bien, mon garçon, à cause de toi, vous n'aurez rien à manger à midi, je te laisse le soin de l'expliquer à tes petits camarades. Ramasse moi ces pommes de terres sur le champs!
Elle s'en alla en le laissant seul au milieu des pommes de terre. Toujours tremblant, Nicolas se baissa .Soeur Marie Andrée , qui avait vu la scène, se baissa pour l'aider à tout ramasser. Il semblait complètement égaré et désemparé.
_Pourquoi n'as tu pas pris ce qu'elle avait écrit sur la feuille? Demanda-t-elle doucement.
Il ne répondit pas et continua à ramasser les pommes de terres, tête baissée. Soeur Marie Andrée vit des gouttes de lames perler le long de ses joues et inonder le plancher. Alors elle comprit:
_Tu ne sais pas lire, n'es-ce pas?
Nicolas essuya ses larmes et lui lança un regard profondément triste.
_Non, dit-il enfin. Comment es-ce que je vais expliquer aux autres que par ma faute, ils n'auront rien à manger à midi?Ils vont me détester, c'est sûr!
_Ce n'est pas de ta faute, assura soeur. Ecoute , tu ne leur dira rien et moi je vais m'arranger pour vous donner quelque chose à manger, d'accord?
_Merci, dit Nicolas qui semblait soulagé.
Ils finirent de tout ramasser. Finalement, ce midi là, soeur leur cuisina une délicieuse purée de pomme de terre et l'incident fut oublié.
Ce soir là, lorsqu'elle entra dans leur chambre pour vérifier que tous dormaient, soeur Marie Andrée surprit les garçons debout sur la pointe de pieds sur la fenêtre. Elles les approcha doucement et ils manquèrent de tomber à la reverse lorsqu'elle leur parla.
_N...nous regardions les oiseaux s'envoler dans la nuit, dit Pierre en se grattant derrière la tête d'un air embarrassé.
_C'est pas vrai, ils sont en train d'espionner les voisines d'en face qui prennent leur douche, moucharda le petit Lucas.
Ils le frappèrent sur la tête.
_Aie! Protesta le petit Lucas.
_Ce n'est pas très distingué messieurs, dit soeur Marie Andrée, les yeux rieurs, en feignant l'indignation. Il se fait tard, tout le monde au lit! Il faut prendre des forces pour être en formes demain!
Ils se glissèrent doucement dans leurs draps.
_Ma soeur, es-ce que vous pouvez nous raconter des histoires comme la dernière fois? demanda le petit Lucas.
_Oui ma soeur, racontez nous des histoires! Dirent les garçons en choeur.
Leurs yeux s'étaient mis à briller, comme s'ils attendaient qu'elle réalise un de leurs souhaits les plus chers. Soeur Marie Andrée ne pouvait se résoudre à refuser.
_D'accord, une toute petite histoire mais ensuite je ne veux plus de bruit! Dit soeur Marie Andrée.
Soeur Marie Andrée prit une chaise et s'assit. Les garçons se glissèrent doucement dans leur draps et se turent pour écouter. Soeur Marie Andrée commença: sa voix était douce et légère, telle un filet de brume.

" L'histoire que vous allez entendre relie le destin incroyable de deux personnes que tout séparait .Notre héros était un petit garçon très solitaire. Il était insomniaque et, pour tuer l'ennui de ses nuits blanches, se réfugiait dans l'écriture .Il était très doué pour les romans mais jusque là, n'écrivait que pour son plaisir. Sa maladie l'empêchait de se rapprocher des autres enfants et il restait tout le temps tout seul. Un jour, il alla dans un hôpital pour rendre visite à son père malade en compagnie de sa mère .Pendant un moment, il resta sagement assis dans dans la chambre , mais comme les adultes parlaient de choses qu'il ne comprenait pas, il décida de sortir et de se promener le long du couloir qui longeait l'hôpital. Il passa devant une chambre ouverte, triste et silencieuse .Il y glissa un coup d'½il timide. Il aperçut une silhouette allongée. C'était une fille. Elle se dressait sur un lit blanc et on eut dit un ange sorti de nul part. Intrigué et fasciné par ce qu'il voyait, le petit garçon s'approcha. La petite semblait dormait d'un sommeil paisible, comme si elle allait se réveillait d'une minute à l'autre. Il se sentait attiré par elle, comme si elle l'appelait dans son sommeil. Tout en elle était d'une grâce incroyable, même sa manière de respirer. Envoûté, il s'assit près d'elle, avec un mélange de crainte et d'excitation. Il ne sait pas combien de temps il passa à la regarder, mais il se rendit compte qu'il ne s'en lassait pas. Il s'imaginait ce qu'ils auraient pu vivre ensemble s'ils se connaissaient. Peut être seraient-ils inséparables? Il ne connaissait rien d'elle, ni son prénom, ni son identité, ce qui rendait la chose encore plus merveilleuse. Il pouvait inventer tout d'elle, son passé et son identité. Elle pourrait être une soeur inconnue, une amie d'enfance dans un autre monde, une amoureuse? Alors il eut envie de lui parler dans son sommeil .Il se mit à lui conter ses propres histoires, comme si dans son sommeil, elle pouvait l'entendre; comme si elle l'écoutait attentivement. Lorsque sa mère vint le chercher, en le grondant parce qu'elle l'avait cherché partout, il se promit de revenir la voir; et il tint sa promesse. Il venait la voir tout le week-end et a chaque sortie d'école et restait de longues heures à son chevet pour lui raconter sa journée ou les histoires qu'il avait écrites pendant la nuit. Un lien étrange commençait à se tisser entre eux au fur et à mesure qu'il venait la voir. Bientôt, il lui contait des histoires improvisées où il était un vaillant héros et où il devait la sauver d'horribles créatures. Le soir, il rêvait d'elle. Plus les jours passaient, plus il se sentait proche d'elle .Il savait que ce ne pouvait être réciproque mais et il s'efforçait de croire que la fille ressentait les mêmes sentiments que lui.
Cependant, un matin, alors qu'il se rendait dans sa chambre comme à l'accoutumé, il trouva son lit vide. Il la chercha, cria son nom dans toute la chambre, mais en vain. D'horribles pensées commencèrent à se bousculer dans sa tête: et si elle était morte? Alors, sans parvenir à les retenir, des gouttes de larmes perlèrent sur ses joues. Elle était morte...Une infirmière qui passait devant la chambre le vit et lui expliqua que la petite fille s'était réveillée la veille et qu'elle était rentrée chez elle. Il était tellement heureux d'apprendre qu'elle n'était pas morte que des larmes de joie se mêlèrent à ses larmes de tristesse .Il enfourcha son vélo et s'y rendit en pédalant avec ardeur .Il laissa son vélo loin de la maison et se cacha derrière les buissons timidement pour la regarder. Elle était là ; il la voyait à travers la fenêtre. Il avait l'impression de voir une amie d'enfance qui s'était réveillée après son accident. En quelques semaines, ils avaient vécus tant de choses ensemble. Soudain, un sentiment de tristesse l'envahit tandis qu'il l'observait : elle ne le connaissait pas lui ! Pour elle, il était un étranger .Il la regarda et eut soudain l'impression qu'elle était à la fois une proche et une étrangère. Il prit soudain conscience d'une réalité qu'il n'avait jamais envisagé auparavant: à quoi cela lui servirait-il d'aller lui parler car de toute façon elle ne le reconnaîtrait pas. Elle ne pouvait pas de se douter qu'il lui avait tenu compagnie pendant plusieurs mois. Il avait eu tord de se faire des illusions .Elle n'allait pas l'aimer, pas plus que les autres enfants ne l'aimaient. Il sentit comme une lame lui poignarder le c½ur et la douleur lui fit monter les larmes aux yeux. Il remonta sur son vélo sans se retourner, le c½ur gros et pédala à perdre haleine jusque chez lui, espérant que les douleurs de ses jambes lui feraient oublier ceux de son c½ur. Il ne revint plus jamais la voir, par peur de souffrir ou de se faire rejeter.
Les années s'écoulèrent ainsi et le garçon déménagea très loin de la ville. Mais il n'était pas parvenu à l´oublier. Au contraire, elle lui avait donné l'envie de partager ses écrits avec le monde entier. Il devint un romancier pour enfants très célèbre alors qu'il n'avait que vingt cinq ans.
Un jour, alors que la petite fille, devenue une jeune fille lisait des livres aux enfants qu'elle gardait, elle tomba sur l'un de ses livres. Au fur et à mesure qu'elle le lisait, elle se rendit étrangement compte que ce n'était pas la première fois qu'elle entendait cette histoire mais elle ne parvenait à savoir où .Elle resta soudain immobile, comme frappée par la foudre: elle venait de se souvenir où exactement elle les avait entendu. Elle se renseigna et apprit que cet auteur donnait une conférence de presse le lendemain même. Intriguée, elle décida de s'y rendre. Lorsque le garçon leva la tête et qu'il la vit, il la reconnu immédiatement et tous ses sentiments refirent surface. Mais convaincu qu'elle n'avait aucune idée de lui, il fit comme si de rien n'était et lui signa le livre. Mas la fille ne s'en alla pas immédiatement et resta là à le regarder silencieusement. Puis elle ouvrit timidement la bouche:
_Vous savez, quand j'étais petite, je suis tombée dans un coma profond suite à un accident de voiture. Quand j'étais endormie, j'entendais une petite voix me raconter des histoires merveilleuses, exactement les même que les vôtres. Je l'entendais me parler, même si je ne pouvais lui répondre. C'est lui qui m'a donné la force et l'envie de me battre pour survivre. C'est cette voix si passionnée qui me maintenait en vie .J'aurais aimé y mettre un visage.
Elle se souvenait de lui, il l'avait entendu! Le garçon esquissa un sourire malgré lui.
_Vraiment? demanda-t-il. Peut être es-ce le simple fruit d'un rêve?
_Je croyais que c'était un rêve jusqu'à ce que je sois tombée sur votre livre. Je ne rêvais pas, j'en suis sûre, répondit-elle d'un ton déterminé.
Alors qu'elle s'apprêtait à faire demi tour, il contourna la table et alla à sa rencontre et lui avoua tout. Désormais, ils savaient que plus rien ne pouvait les séparer..."

Les garçons avaient presque oublié qu´ils se trouvaient dans leur chambre. Pendant un moment, la voix magique de soeur Marie Andrée les avait fait voyager dans l´espace et il leur semblait vivre ses passionnantes histoires.
_Comme ce doit être drôle de d'imaginer une vie, une histoire, dit Nicolas d'un air rêveur.
_Oui, il est important d'écrire et de lire. C'est un excellent moyen pour se libérer et exprimer ses émotions! Approuva soeur Marie Andrée. Vous êtes maître de vos pensées, ce qui signifie que vous êtes absolument libres.
_Vous m'apprendrez à lire et à écrire, n'es-ce pas ?dit alors Nicolas, à la grande stupéfaction de tous.
_Bien sûr, répondit soeur Marie Andrée.
Le jour suivant, elle demanda à Nicolas de la retrouver près de la rivière. Là, à la lueur des étoiles et des bougies, ils pouvaient discuter et travailler sans se faire entendre. Les étoiles brillaient avec une intensité remarquable, comme si elles tenaient à leur tenir compagnie. Nicolas n'avait pas peur de se confier à soeur Marie Andrée, lui parlant de son enfance et de ses souhaits les plus chers.
_Contrairement à ceux qui sont ici, j'ai connu mes parents, dit Nicolas. Mais je me suis enfuit de chez moi. Mon père était très violent et quand il rentrait saoul à la maison, ils nous prenait pour des jouets ma mère et moi. Parfois, je n'avais rien à manger. Ma mère était trop faible pour me défendre. J'ai travaillé par ci et par là et avec mon argent, j'ai prit le bateau jusque ici. Je pense souvent à ma mère, j'aimerai tant savoir ce qu'elle est devenue. Je m'en veux de l'avoir abandonné....dit Nicolas.
_C'était un cas d'extrême défense. Ton père t'aurais sans doute fait beaucoup de mal si tu étais resté, dit soeur Marie Andrée.
_Un jour, je reviendrai chez moi et je libérerai ma mère, dit Nicolas. C'est pour ça que je veux apprendre encore et encore.
Il se tourna vers Marie Andrée, le regard chargé de gratitude.
_Merci, ma soeur. Merci pour ce que vous faîtes pour nous. Jusqu'alors, je ne pensais pas que j'aurais un jour la chance de m'en sortir. A présent c'est différent, je suis prêt à me battre pour y arriver.
Nicolas se montra fidèle à ses paroles. Il s'impliquait tant dans sa tâche qu'il répétait ses lettres à longueur de journée. Il les apprenait partout où il le pouvait, en chantant et même en dansant: pendant ses heures de libre et au travail, quand personne ne faisait attention à lui. Il était devenu contrôlable. Même lorsqu'il se faisait gronder, il continuait .Une fois qu'il sut lire, on ne le tint plus. Il s'arrangeait pour prendre des livres dans la bibliothèque personnelle des soeurs et veillait très tard chaque soir pour les finir. Souvent, soeur Marie Andrée entendait les orphelins se plaindre car il bloquait les toilettes; en effet, il était tellement absorbé dans sa lecture qu'il oubliait que dehors, une queue de garçon gesticulait impatience. Il écrivait sur des morceaux de papier qui traînaient ou sur ses mains quand il ne trouvait pas de papier. Certain soir, lorsqu'il n'était pas trop fatigué, il étudiait, la bougie allumée.
_Tu es fou, lui dit un jour Alexandre.
_Je ne suis pas fou. C'est formidable de savoir lire et écrire, je t'assure., répondit Nicolas. Je comprends les choses, j'apprends des mots que je ne connaissais pas. C'est le seul moyen de m'en sortir, je suis sûr que cela me servira un jour.
Soeur Marie Andrée était à la fois surprise et comblée par la volonté qu'il mettait.
Au bout de quelques jours, Soeur Marie Andrée réalisa que contrairement aux garçons sauvages et dénudés de sentiments que lui avaient décrits soeur Marie Annick, ils s'avéraient être des enfants très sensibles. Elle devinait que la dureté de leur vie les avait contraint à cacher leurs sentiments au plus profond d'eux, à ne plus croire en rien. Ils gardaient au fond d'eux des sentiments qui attendaient un signe pour se libérer.
_Pourquoi es-ce que vous êtes aussi gentille avec nous? demanda un jour le petit Lucas.
_Y a t-il du mal à être gentille? demanda soeur Marie Andrée, quelque peu surprise par sa question.
_Non, seulement cela est étrange. Personne avant vous ne s'était intéressé à nous, confessa le petit Lucas .Vous nous écoutez et vous nous comprenez. Les autres garçons pensent que vous attendez quelque chose en retour de notre part; ils ne trouvent pas cela trop beau pour être vrai.
_Tu sais, ce n'est pas anormal de vouloir faire plaisir à son prochain, c'est humain! Dit soeur Marie Andrée.
A ce moment, Quentin arriva avec un énorme oeil au beurre noir et un énorme hématome sur la joue .Soeur Marie Andrée se précipita vers lui demanda des explications.
_Ce n'est rien, dit Quentin en se détournant, je suis tombé!
_Non, ce n'est pas vrai, dit aussitôt le petit Lucas. Tout à l'heure, il s'est battu contre un garçon qui s'est moqué de lui.
_Ca t'arrive de tenir ta langue? Riposta Quentin.
_La violence n'arrange rien, dit soeur Marie Andrée d'une voix douce.
Quentin ne put contenir sa colère plus longtemps.
_Ils m'ont traité de pauvre écervelé, s'emporta-t-il , tremblant. J'en ai assez que l'on me considère comme un moins que rien, j'en ai assez de ceux qui se croient supérieur à moi parce qu'ils ont de l'argent et parce qu'ils vont à l'école. J'en ai assez d'être idiot!
Soeur Marie Andrée savait que cela lui était très pénible d'exprimer ce poids qui pesait sur son coeur. Quentin avait honte de sa situation, il en souffrait.
_Vous êtes loin d'être idiot, dit-elle alors.
_Si je ne suis pas idiot, alors pourquoi es-ce que je me retrouve à travailler dans les mines? Pourquoi?
La rage le faisait trembler de tous ses membres et avaler la moitié de ses mots.
_Vous êtes simplement victime du destin, répondit soeur Marie Andrée. Viendra un jour ou vous serez récompensé de toutes vos bonnes actions.
Quentin pleurait maintenant. Il restait immobile, incapable de parler. Il était vraiment pitoyable avec ses habits trop grands pour lui, ses joues recouverts de larmes et noircies par les cendres.
Prenant son courage à deux mains, elle décida d'aller affronter la soeur Annick. Elle l'intimidait mais son combat lui donnait la force. Soeur Annick lui tournait le dos et observait le paysage à travers la fenêtre.
_Oui? Tonna t-elle sans se retourner avant même que soeur n'ouvre la bouche. Je n'ai pas tout mon temps, alors dépêchez- vous!
Soeur Marie Andrée leva les yeux au ciel, priant le seigneur de lui donner assez de courage pour affronter cette redoutable femme.
_Je suis venue vous demander un service, dit-elle.
_Parlez je vous écoute!
_J'aimerais savoir s'il...s'il était possible de diminuer le temps de travail des garçons.
La directrice se retourna soudain et un rire étrange résonna de sa gorge.
_Es-ce une mauvaise plaisanterie, soeur?
_N...non, répondit vaillamment soeur.
_Dans ce cas, vous vous fichez de moi? Il est évident que je ne peux accepter une telle demande!
_Très bien alors laissez leur au moins une journée de congé pour qu'ils puissent se reposer et prendre des cours d'éducation.
_Une journée d'éducation? dit soeur avec un ricanement funeste. Pourquoi cela ? C'est l'idée la plus ridicule que j'ai entendu .Ils nous coûtent assez chers comme ça, nous ne pouvons nous permettre de perdre de l'argent à cause de vos stupides histoires d'éducation.
_Ce sont des enfants, pas des esclaves, plaida soeur Marie Andrée. La plupart d'entre eux ont à peine six ans...
_Peu m'importe, répliqua soeur Annick. Ecoutez, c'est tout ce que nous pouvons faire pour eux. Cela ne m'enchante guère de les garder, je ne vais pas le faire gratuitement. Cela s'est toujours passé ainsi et personne ne s'en ai jamais plaint.
_Mais ils en ont les capacités, insista soeur Marie Andrée. L'un d'eux m'a demandé de lui apprendre à lire et je ne l'ai jamais vu aussi heureux.
Mais Soeur Annick possédait un coeur semblable à du cailloux que rien ne pouvait sensibiliser.
_Soeur Marie Andrée, je ne vous ai pas fait venir ici pour jouer les justicières. Je dois avouer que votre comportement me déçoit énormément. Depuis votre arrivée dans cet orphelinat, vous vous êtes appliqué à semer le doute dans leur esprit.
_Mais...
_Cela suffit! Je ne changerais pas d'avis. Veuillez sortir de mon bureau!
Soeur Marie Andrée comprit qu'il était vain d'insister. Mais elle ne se laissa pas démonter pour autant. Lorsqu'elle entreprenait quelque chose, elle n'avait pas pour habitude d'abandonner, même si cela lui causait du tord. Elle avait foi en eux, ils valaient quelque chose et avec du travail elle pouvait les mener loin. Elle irait jusqu'au bout, à condition qu'ils acceptent.
Ce soir là, soeur s'allongea sur l'herbe du jardin pour contempler la grande voûte étoilées. C'était toujours ce qu'elle faisait lorsqu'elle avait besoin de réfléchir. Elle était fascinée par cette immense voûte céleste et pensait toujours que les étoiles pouvaient lui souffler les réponses à ses questions. Le soir était le moment qu'elle aimait le plus car le silence lui permettait d'apprécier le chant de la nature. Le petit Lucas qui ne parvenait pas à trouver le sommeil se joignit à elle.
_Que faîtes vous? Demanda-t-il à soeur Marie Andrée.
_J'écoute le murmure des étoiles, répondit soeur.
Le petit Lucas tendit l'oreille.
_Je n'entend rien.
_C'est parce qu'elles ne murmurent que pour ceux qui veulent les entendre. Le chant des étoiles est mélodieux. C'est un chant merveilleux dont elles seules en ont le secret. Elles nous livrent un genre de message.
Le petit Lucas garda un moment de silence tandis qu'il fixait le ciel.
_Soeur Marie Andrée, vous pensez que les étoiles ont une mère? demanda alors Lucas.
_Bien sûr, c'est le ciel. Chaque jour, elle donne naissance à de nouvelles étoiles qui brillent et illuminent nos nuits.
_Mais un jour, elles mourront, comme nous, fit remarquer Lucas.
_Chaque être meurt un jour, dit soeur Marie Andrée. Mais ils auront accomplis un devoir, celui d'émerveiller des enfants comme toi. Certaines étoiles empêchent des marins de se perdre en leur indiquant leur chemin. Elles sont fidèles car elle ne quittent jamais la nuit. Quand j'étais petite, je pensais qu'il y existait une étoile différente pour chaque être qui vivait sur Terre. Alors, j'ai adopté ma propre étoile et tous les soir, je lui faisais une prière avant de m'endormir. C'était comme mon amie, je savais que je la retrouverai toujours à la même place, où que je sois.
_Comment arriviez vous à la reconnaître parmi toutes ses soeurs?
_Lorsque nous tenons à une chose plus que tout, nous savons toujours où elle se trouve, dit soeur. D'autres en revanche s'éteignent sans que l'on s'en aperçoive.
_J'ai peur, dit soudain le petit Lucas d'une voix tremblante..
_De quoi as-tu donc peur?
_De mourir comme ces étoiles et de ne laisser aucun souvenir de moi, dit le petit Lucas.
Soeur Marie Andrée savait qu'ils côtoyaient la mort chaque jour. Lucas lui confia.
_Je ne veux plus retourner dans la mine. Toute la journée, nous poussons des wagonnets remplis de charbon, et nous risquons tout le temps de se faire écraser. Parfois, nous somme si fatigués que nous n'arrivons plus retenir la lourde charge. Mais on se donne du courage parce qu'on tient trop à notre vie. J'ai connu plein d'orphelins avant nous qui sont morts écrasés ou carbonisés.
Suite à la confession du petit Lucas, soeur Marie Andrée avait prit sa décision. Elle les réunit dans le réfectoire, après avoir mangé.
_Cela vous plairait-il de jouer à un jeu? Proposa-t-elle.
_A condition que vous nous expliquiez en quoi cela consiste, lança Paul.
_Il consiste à exprimer tout ce qui nous vient à l'esprit, par des mots ou par des gestes.
Cela permettait aux orphelins de se libérer et à elle de les connaître mieux .Ce fut le petit Lucas qui se lança en premier et amusa tout le monde en parlant de son nez trop long qu'il voulait raccourcir. Encouragé, d'autres le succédèrent, les uns faisait de la comédie, les autres chantaient. Le drôle se mit à chanter des chansons potache qui fit rire ses camarades aux éclats. Soeur dut l'interrompre. Lorsqu'elle leur demanda d'exprimer ce qu'ils avaient sur le coeur, ils se montrèrent soudain très hésitants.
_Moi, j'aimerais que mes parents viennent me prendre un jour.
_J'ai toujours rêvé de voir la mer! Disait Pierre.
_J'aimerais que l'on fasse plus l'amour que la guerre, lança Mathis.
Cette déclaration déclencha des rires moqueurs parmi ses camarades. Soeur Marie Andrée savoura quelques une des secondes les plus joyeuses de sa vie en les voyant aussi heureux. Rien ne lui faisait plus plaisir que de voir ses autres heureux. En l'espace d'un court moment, les garçons oubliaient leur triste existence. Il y avait longtemps que leur yeux et leur bouche n'avait pas rit.
_Moi plus tard je serais pilote d'avion; je serais capitaine et je commanderai tout le monde! s'exclama le petit Lucas.
_Apprend déjà à mieux te moucher, lança Alexandre.
Il était resté dans son coin, refusant de participer au jeux et les observait l'oeil moqueur.
_Alexandre, que diriez vous de venir vous joindre à nous pour nous parler de ce que vous avez sur le coeur? Si vous voulez crier à l'injustice, émettre une plainte, c'est le moment. Vous verrez, cela détend et vous permettra de vous sentir plus léger.
_C'est un jeux ridicule! Jeta Alexandre.
Les garçons l'encouragèrent à s'exprimer .Alexandre tenta de se prêter au jeu mais les mots ne sortaient pas de sa bouche, comme si une barrière infranchissable les empêchait de passer .Il gardait tout au fond de lui, sans doute par peur d'être jugé ou de paraître faible.
_Vous savez, ce n'est pas une honte de montrer tes émotions, dit tendrement soeur.
_Vous me tapez sur le système, voilà ce que je ressens en ce moment, lança Alexandre.
Il sortit. S½ur Marie Andrée ne dit rien, elle se contenta de soupirer.
_C'est à mon tour de vous exprimer ce que j'ai dans le coeur. Lorsque je suis arrivé ici, on m'a mit en garde contre vous. Toutes les soeur pensent qu vous ne valez rien. Moi je crois que vous en êtes capables sinon Nicolas ne m'aurait jamais demandé de lui apprendre à lire et d'y réussir. Je refuse de croire comme elle que vous êtes promis à un avenir noir, je veux croire en vous.
_Depuis que je sais lire, je peux lire les journaux et j'ai mes propres idées concernant le monde qui m'entoure, dit Nicolas.
_Il a raison. L'éducation est la base de toute réussite, expliqua s½ur Marie Andrée gravement .Vous devez apprendre à aiguiser votre réflexion, à penser par vous même, c'est le seul moyen de faire accepter ses idées. Aussi, je vous propose de vous donner des cours. Qui serait d'accord?
Soeur Marie Andrée craignait un refus de leur part. Les garçons échangèrent des regards, puis le garçon timide leva la main. D'autres le suivirent timidement.
_Formidable, dit soeur ravie. Comme nous avons très peu de temps, nous le ferons après chaque repas, avant de partir au travail.
Les garçons parlaient tous en même temps, au comble de l'excitation.
_Quand commencerons nous? demanda Quentin.
_Nous commencerons demain, dit soeur Marie Andrée, surprise par cette motivation. Mais attention, cela est un secret entre nous, aucune soeur ne doit être au courant de nos réunions secrètes.
Ils acquiescèrent vivement. Cet après midi là, ils s'en allèrent au travail en ayant l'impression d'avoir le coeur plus léger. Avant le partir, Clément qui jusqu'à présent la fuyait, déposa un baiser sur sa joue, rougit et s'en alla en courant.
Jamais soeur Marie Andrée ne s'était autant impliquée dans une tâche. Elle tenait à la réussite de ces enfants. Cela devenait une affaire personnelle car c'était également un défit de taille qu'elle se lançait pour elle même. Elle consacrait toutes ses nuits à leur préparer des petites fiches qu'ils pouvaient apprendre pendant leurs pauses. Les garçons avaient une grande soif d'apprendre. Ils étaient heureux de rentrer et leur vie ne consistait plus seulement à travailler, manger et travailler. Ils se dépêchaient de manger pour avoir plus de temps pour étudier. Soeur Marie Andrée improvisait des histoires pour les aider à mieux comprendre et utilisait la distraction pour leur faire apprendre. Les garçons se sentaient enfin, selon leur propre terme comme des enfants" normaux". Soeur Marie Andrée semblait définitivement avoir gagné leur confiance et leur sympathie. Le seul qui refusait son aide était encore Alexandre. Il ne participait jamais à leur réunion.
(fin de l extrait)












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# Posté le mercredi 24 décembre 2008 03:23